La gravure, en tant que technique, ne date pas d'hier. On retrouve des traces de pierre, de métal ou d'os incisés dès la préhistoire. Mais la gravure destinée à créer des sceaux, des cachets ou des motifs sur textile apparaît aux alentours de 500 av. J.-C., en Égypte, chez les Romains et en Chine. C'est bien plus tard, vers 1400, qu'apparaissent les premières traces de gravure en Europe — sur bois, cette fois. On y gravait surtout des images religieuses et des jeux de cartes. C'est le génie d'Albrecht Dürer qui en a fait un art indépendant et majeur.

En 1796, Jean-Charles Pellerin fonde l'Imagerie d'Épinal. Les maîtres graveurs de la ville creusaient le bois et le métal pour donner vie à des illustrations qui allaient faire le tour du monde. Aujourd'hui, dans notre petit cabinet, nous perpétuons ce geste séculaire — à une différence près : notre toile est vivante.

Du graveur au tatoueur : un pont entre les époques :

Il existe un pont invisible mais puissant entre l'artisan imager d'autrefois et le tatoueur moderne. Dans les deux cas, l'artiste doit synthétiser son dessin : la finesse extrême est limitée par le support. Hier, les fibres du bois ou la texture du métal ; aujourd'hui, le vivant de la peau.

Le geste, de l'esprit à la matière. Tout comme l'ancien graveur guidait sa gouge avec minutie pour entailler le bois, le tatoueur guide son aiguille pour inscrire l'encre dans la peau. C'est le même amour de la précision et du détail qui traverse les époques.

L'art de raconter des histoires. L'imagerie servait à éduquer, à moraliser, à commémorer ou à divertir. L'imagerie d'Épinal racontait les légendes, les fragments d'histoire et les croyances populaires — ce sont nos sujets de prédilection ! Le tatouage, lui, se veut parfois plus intime : il grave vos victoires, vos secrets, vos passions, vos propres mythes.

Un artisanat de transmission. Hier, on imprimait des images pour qu'elles se transmettent de main en main. Aujourd'hui, de nombreux tatoueurs contemporains s'inspirent directement de la gravure médiévale et de l'imagerie populaire du XIXᵉ siècle.

En fin de compte, le graveur d'Épinal imprimait des images pour habiller les murs des maisons modestes ; le tatoueur, lui, imprime des images pour habiller la peau. Dans les deux cas, il s'agit de rendre les symboles accessibles et éternels.

Au Moyen Âge, l'image avait un pouvoir à la fois sacré et populaire, des gravures aux enluminures. Aujourd'hui, notre salon de tatouage s'inscrit dans cette lignée directe.

Nous n'envisageons pas votre peau comme une simple surface, mais comme un support vivant, prêt à accueillir vos propres récits. Notre ambition : faire revivre cette puissance brute en transformant vos tatouages en un véritable héritage visuel et intemporel.

Karl Combas, l'âme gravée du salon :

S'il y en a bien un, chez nous, qui pousse cet héritage à son paroxysme, c'est Karl Combas. C'est au cœur de cette tradition

qu'il s'épanouit, lui qui a troqué les burins pour le dermographe.

Son travail est un hommage vibrant à la xylographie médiévale, aux enluminures et aux illustrations anciennes. En jouant sur les hachures, les lignes texturées et les noirs profonds, Karl donne l'illusion que ses motifs ont été pressés sur la peau, comme sortis d'une planche fraîchement gravée.

Le saviez-vous ?

Les graveurs utilisaient parfois une technique appelée le ramage. Pour vérifier qu'une planche était bien gravée, avant de la passer sous la presse, le maître graveur l'appliquait directement sur sa propre peau — souvent l'avant-bras — après l'avoir enduite de suie. Pendant quelques heures, il portait alors le motif « tatoué ». On peut dire que, sans le savoir, les graveurs d'Épinal ont été parmi les premiers à tester leurs flashs sur leur propre peau !